01/02/2008

Ma poupée est un pénis.

carnet dessin 08-02-01

 

Un jour, alors qu’elle tricote une fleur, Marianne se met à divaguer: un phallus prend forme sous ses doigts. C’est le début des poupées-pénis. Sa collection en compte une centaine, tous dotés d’une personnalité à part: il y a les pénis calin en laine blanche, les pénis agressifs en maille d’acier, ou en fourrure rouge sang, les pénis égocentriques, chargés de bijoux baroques et les pénis travestis en boa…

Mariannebattle
«J’ai commencé à crocheter mes pénis en 2004. A l’époque, je ne savais pas trop quoi faire de mes dix doigts et c’est en voulant faire une fleur qu’est arrivée  la première couille ! Comme une gamine qui vient de trouver un jeu sympa, j’ai reproduit  mes pénis. D’abord, pour m’amuser, puis, au fur et à mesure je leur ai donné des personnalités.»
Brodeuse d’art née à Perpignan et vivant à Paris, Marianne Batlle (c'est son vrai nom), 45 ans, tricote des phallus dont il est impossible de se servir comme gode. Ce sont des pénis à caresser (y compris du regard), des queues purement ornementales, aux caractéristiques changeantes: tendres, hérissées, douces, violentes, drôles, barbares ou baroques, elles sont toutes inspirées par des verges réelles d’hommes ayant traversé la vie de Marianne Battle…
«Avec toujours la même technique, le crochet, (seules les matières changent) j’ai crocheté une centaine de pénis pendant un an et demi. Mon catalogue en compte une trentaine.»
Leur noms sont aussi beaux que leur formes: Ma première communiante, C’est Go Laine, Sexours, Bora Bora, Réchauffe-toi, La chèvre de Monsieur, Pépé rêve, Fuego, How to marry a millionaire, Celle qui voulait être plus grosse que… Ce sont des poupées-pénis à exemplaire unique.
Présentées sur un site qui parodie les défilés de mode, chacune d’entres elles s’exhibent sur un podium, starisée, grandie par la lumière des spots et l’idolâtrie d’une foule imaginaire… Rien de ridicule dans ces verges soyeuses. Bien qu’elles soient douces comme des peluches, elles érigent presque toutes un gland décaloté au bout d’un arc viril, tendu par l’effort.
«C’est vrai que je fais plutôt de grands spécimens, raconte Marianne. Je ne déroge pas à  la règle du fantasme de la grosse bite, mais allez tricoter un  petit format à un homme, je ne suis pas certaine qu’il appréciera !»
Contredisant l’idée reçue selon laquelle les pénis restent impénétrables (indéchiffrables, inexpressifs), Marianne les dote tous d’un visage, d’un ego fortement marqué.
Impossible de ne pas s’identifier avec tel ou tel. Impossible de ne pas en trouver un plus sympathique qu’un autre. «J’aime surtout  traduire la personnalité d’amis  à travers leur pénis. Comme si je faisais leur portrait !» explique Marianne, ce qui m’amène tout de suite à lui demander si ses «portraits» sont crochetés d’après modèle. Mais non.
Elle affirme ne pas avoir besoin de voir le sexe de ses amis pour en faire une poupée… Quant aux sexes de ses amants, bien qu’elle les aient vus, elle entend restituer leur forme de façon purement tactile : «La mémoire des mains, ça  existe», suggère-t-elle. Ce qui explique l’envie, presque irrésistible, qui nous prend de palper ces poupées, dans l’espoir, peut-être de ranimer d’anciens souvenirs… Ou d’éterniser, de manière «palpable», la force d’un amour…
Les poupées-pénis de Marianne Battle constituent-elles un harem, une collection d'amants virtuels ? S’agit-il de godes «doux», des godes à câlins plutôt qu'à orgasme ? Ou sont-elles des doudous pour adulte? Marianne Battle ne sait pas trop.
«Peut-être que j’ai voulu exprimer, avec mes pénis, une autre façon de représenter le phallus, une manière plus douce, moins agressive, une version féminine du sexe masculin…. Il y aurait tellement de choses à dire. Tout ce que je sais, c’est que les hommes réagissent très bien face à mes pénis, peut-être mieux que les femmes, qui sont parfois un peu gênées,  (elles sont quand même assez rares). Mais ce sont  les homosexuels qui en raffolent le plus ! Pour leur  anniversaire de vie en couple, mon ami Benoît  a offert Sexours à son jules.  Depuis, Sexours est à côté du lit, comme le gardien de leur amour… Mais ils peuvent  pas s’en servir,  un peu comme un doudou, oui… En tout cas, au final, mes pénis n’ont vraiment choqué personne, à part deux de mes frères. C’est vrai que j’ai trouvé le moyen d’en avoir plus qu’eux, ça a dû les énerver.»
Le texte qui accompagne son catalogue de poupée-pénis, rédigé en termes savants par Deborah Zafman, critique d’art et curatrice, précise: «Au niveau psychosexuel, comment ne pas succomber à la fascination exercée par le fétichisme hanté de Battle. S’agit-il d’un cas flagrant Penis Envy, ou serait-ce là une approche trop facile ? Certes on pourrait avancer la thèse que l’artiste n’aurait jamais accepté le fait de ne pas posséder un sexe masculin. Et qu’elle en exprime son renoncement à travers la fabrication de ces fétiches phalliques, créant d’une manière obsédante sa propre collection de verges d’une farouche féminité. Mais d’un autre point de vue, voici de toute évidence une femme qui n’envie point le pénis en tant que tel, qui nous propose un pénis d’un tout autre genre : un pénis féminisé, libéré de la mythomanie dominatrice du pouvoir et du privilège masculin. Les voici passifs, "pouponesques", inoffensifs comme des jouets. »
Marianne Battle conclut : «Aujourd’hui, j’ai cessé de tricoter, j’ai plutôt envie de faire vivre mon travail d’une autre manière. Une idée : le club des tricoteuses de bites dans le monde !» Elle ajoute : «J’aime cette phrase de Fernando Pessoa, que j’ai trouvé dans un des livres de Rosemary Trockle  : «Je n’ai pas de mal à imaginer que les tricoteuses tricotent par chagrin et que les femmes  tricotent  des bas parce que la vie existe !»
Vous voulez votre poupée-pénis ? Marianne Battle n’est pour l’instant représentée par aucune  galerie et n’a pas de point de vente. Pour en avoir une, il suffit de la contacter sur son site. «Ce sont des pièces uniques, mis à part les doudou genre : le Yeti et Deborah Beauty  que je peux reproduire»

Une expo  collective Expression d’amour est prévue à Tours  du Samedi 9 au dimanche 10 février 2008.
Centre international de congrès de Tours : 26 Boulevard Heurteloup - Bp 4225, 37042 Tours cedex 1. Tel. : 02 47 70 70 70.
(d'après Libé / Agnès Giard / http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard)

09:43 Écrit par A.Cide dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : penis, poupee |  Facebook |

Commentaires

ma poupée Si je pouvais en faire une aussi grosse !! Il me faudrait des jours !
j'ai éclaté de rire en voyant votre dessin ! J'adore !
Une petite remarque toutefois, je ne tricote pas mais crochète mes poupées !
Un bravo pour votre dessin
marianne

Écrit par : marianne batlle | 01/02/2008

Je ne sais pas pourquoi, par quelle association d'idée mais j'ai repensé en lisant ce post à la question de BERNE Que dites vous après avoir dit bonjour ?
le pénis, centre de l'univers humain, baguette magique qui orchestre nos vies !
il fallait oser, elle l'a fait avec tendresse et humour Bravo et merci à toi pour l'avoir mis en avant :-)))

Écrit par : Mijo | 03/02/2008

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