09/04/2008

Les mots d'amour résistent à l'évolution technologique.

carnet dessin 08-04-09

Courriels, SMS, répondeurs téléphoniques : ces nouveaux systèmes de communication n'ont semble-t-il pas beaucoup bousculé le langage des sentiments. Chuchotés au creux d'une oreille conquise ou à conquérir, les noms doux qu'utilisent les amoureux révèlent et alimentent des fantasmes dont la pérennité l'emporte sur le progrès technologique.
"Chéri(e)", "puce" et autres "trésor" arrivent toujours en tête des mots d'amour utilisés par les jeunes couples. Pour trouver plus d'originalité, il faut parvenir à capter le parler amoureux bien souvent susurré. Après les éternels "mon coeur" et très fréquent "mon lapin", on finit par découvrir un plus inattendu "ma saucisse".
Pour certains, l'invention d'un surnom est sans doute la manière de concrétiser le caractère unique de leur couple. Ainsi ces deux tourtereaux qui s'échangent des "mon nourchon" ou "ma nourchonne". Ou ceux-ci, adeptes du superlatif, avec des tendres "bébé ange" qui se déclinent en "bébé ange prince" ou "suprême bébé".
"Un petit nom est unique, dans la mesure où l'amoureux est le seul à désigner sous son surnom l'être aimé. Mais ça n'empêche pas d'autres couples de partager le même surnom, au contraire !", explique François de Singly, professeur de sociologie à l'université Paris-Descartes et observateur des mutations de la famille. Pour lui, ce caractère d'"individuel-collectif" ne se limite pas au langage : "Nombre des processus de l'individualisation, de plus en plus imposée dans nos sociétés, ont finalement un caractère collectif", note le sociologue.
De son côté, Jean-Georges Lemaire, psychanalyste, universitaire et thérapeute de couples, auteur notamment de l'ouvrage Les Mots du couple (Payot, 2001), rappelle la fonction première des petits noms : il s'agit de signifier à l'autre que l'on s'adresse à lui dans le cadre de la relation amoureuse, avec un degré de censure plus ou moins élevé en fonction de l'environnement. Mais il pointe également la part narcissique du petit nom : "Une relation amoureuse conforte aussi le sujet sur sa valeur propre, et participe de l'image qu'il renvoie de lui. Le petit nom que l'on choisit pour l'autre induit que celui-ci va à son tour en choisir un... qui est souvent le même : il y a bien cette partie narcissique qui joue."
Pudeur, conformisme ou timidité : de tout temps, certains couples ont été réfractaires à l'utilisation des noms doux dans leur relation amoureuse. Les jeunes n'échappent pas à cette attitude. Dans Mon coeur, mon amour (2005), Anaïs, chanteuse trentenaire un peu déjantée, raille : le "pudding bien lourd/de mots doux à chaque phrase/Elle est bonne ta quiche, amour/Mon coeur, passe-moi la salade".
Déjà dans Belle du Seigneur, Albert Cohen avertissait : "Devenus protocole et politesses rituelles, les mots d'amour glissaient sur la toile cirée de l'habitude."
(d'après Antoine Bayet / Le Monde)

10:14 Écrit par A.Cide dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : amour, sms |  Facebook |

Commentaires

quel beau dessin merci acide

Écrit par : mondouce | 09/04/2008

quel superbe déclaration à sa meuf !

faut tendre l'oreille dans la rue : tendresse et poésie sont souvent au rendez vous quelque soit le langage
peut être en ont elles simplement assez
d'être décortiquées déflorées par les "beaux penseurs" ?
d'ailleurs, l'art aussi est dans la rue chez les jeunes , certains "tags" me coupent le souffle bien plus que certaines oeuvres "reconnues" ...

oui, merci A Cide, tes dessins aussi, sous leur apparente causticité, transpirent l'émotion

Écrit par : Mijo | 09/04/2008

Avec la langue, que ne fait-on pas ...

Écrit par : xian | 10/04/2008

Les commentaires sont fermés.