13/06/2008

Face à la hausse des appels, SOS-Amitié manque de bénévoles.

carnet dessin 08-06-13A

Evoquer SOS-Amitié, c'est réveiller immanquablement le souvenir d'une scène ou d'une réplique du film Le Père Noël est une ordure. La réalité est loin d'être aussi joyeuse, même si les bénévoles qui donnent de leur temps et de leur énergie à cette association d'écoute et de prévention du suicide sont loin d'être dépourvus d'humour et de recul. Mieux vaut, d'ailleurs, être doté de ces deux qualités pour faire face aux situations douloureuses, qui sont plutôt en augmentation.
En 2007, SOS-Amitié a reçu 724 000 appels téléphoniques (soit 2 000 par jour) contre 600 000 en 2000. Soit, une hausse de 20 % en sept ans.
Résultat : l'association créée en 1960, reconnue d'utilité publique en 1967, serait presque en passe de lancer son propre SOS. "Aujourd'hui, pour être présents 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 sur nos cinquante centres d'écoute en France, il faudrait avoir 2 050 écoutants. Or nous n'en avons que 1 800 environ", explique Rémi Rousseau, administrateur fédéral de SOS-Amitié France.
L'association peine aujourd'hui à recruter des volontaires. "Les écoutants ont du mal à s'engager autant qu'on le souhaiterait, continue M. Rousseau, à savoir une disponibilité de 20 heures par mois, incluant une nuit entière." En outre, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut aussi passer toutes les étapes auxquelles SOS-Amitié soumet chacun des postulants : entretien avec un psychiatre, 30 à 60 heures (étalées sur douze semaines environ) de découverte de l'association et d'information sur les différents troubles mentaux, puis formation en situation auprès d'un écoutant confirmé.
A l'issue de ce parcours, c'est à peine une personne sur dix qui sera retenue. La sélection est rude, mais indispensable, car les souffrances qui s'expriment sont lourdes, notamment celles liées aux problèmes matériels comme le logement, le chômage ou la précarité (en hausse de 33 % par rapport à 2002).
Premier motif depuis toujours, le sentiment de solitude augmente aussi, et représente aujourd'hui 23 % des interventions. Il y a aussi la forte progression des appels en provenance de personnes atteintes de maladies mentales (plus 50 % par rapport à 2002). Faire face à des cas de dépression grave, de schizophrénie, de paranoïa pose problème à certains écoutants qui estiment "ne pas être faits pour ça". Difficile en effet de s'improviser sur ces pathologies qui exigent une prise en charge et un suivi que la société n'assure pas.
"Les écoutants sont de plus en plus souvent confrontés à des expériences traumatisantes et à des détresses spectaculaires, souligne Rémi Rousseau. Il faut être capable de maintenir un équilibre entre empathie et distance par rapport aux personnes qui appellent, mais aussi d'accepter la part de frustration inhérente à cette forme d'aide, dont on ne voit jamais les retombées."
Car l'un des fondements de SOS-Amitié, c'est le respect de l'anonymat. Pour celui qui appelle, cela permet une totale liberté d'expression. Pour l'écoutant, c'est une garantie de protection mentale et physique.
Lors de sa création, le premier objectif que s'était fixé l'association était l'aide aux personnes suicidaires. En France, plus que dans n'importe quel autre pays d'Europe, le nombre des suicides augmente (10 713 en 2005, selon l'Inserm). Pourtant, le nombre d'appels provenant de ceux qui sont en situation de désespoir (2 %) et de "suicidants" - c'est-à-dire ayant déjà engagé un processus suicidaire comme la prise de médicaments (0,2 %) - reste stable.
Les écoutants de SOS-Amitié sont essentiellement des femmes, âgées en moyenne de 60 ans. Un profil lié, en grande partie, à la disponibilité exigée et à l'expérience de la vie nécessaire pour ce rôle. "Nous aimerions avoir plus d'hommes, car leur écoute est extrêmement intéressante et apporte autre chose", remarque M. Rousseau. Certains bénévoles restent des années à SOS-Amitié (vingt ans parfois) mais ce n'est pas ce qui est souhaité à l'association. "Deux années seraient une bonne moyenne", estime M. Rousseau.
Les appels proviennent pratiquement autant d'hommes (47 %) que de femmes (53 %). Une conversation dure en moyenne 15 à 20 minutes, mais cela peut aussi aller jusqu'à une heure.
Depuis 2006, l'association a une adresse sur Internet. En 2007, elle y a enregistré 2 443 appels (contre 2 379 l'année précédente). Les femmes sont plus nombreuses à s'y exprimer (70 %) que les hommes. Et les personnes qui écrivent sur le site sont plus jeunes (45 % ont entre 25 et 39 ans, 30 % de 40 à 60 ans, 13 % de 20 à 24 ans et 7 % ont moins de 20 ans) que celles qui appellent au téléphone.
Sur Internet, le suicide est évoqué dans 16 % des messages, contre 2 % au téléphone. Les autres situations se retrouvent dans les mêmes proportions sur les deux moyens de communication. (Le Monde)

09:00 Écrit par A.Cide dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : amitie, sos, suicide |  Facebook |

Commentaires

un dessin d'A. Cide qui résume tout l'esprit et le cœur de notre époque ... plus besoin de lire le texte !

Écrit par : Mijo | 15/06/2008

Ils pourraient demander du renfort à Thérèse!!!!

Écrit par : Christiane | 17/06/2008

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